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mardi, 11 avril 2006

Dead man walking

Après une semaine de pantomime institutionnelle le CPE est dissout. Villepin aussi. Norden Star, Mardi 11 avril 2006, 07h00
Par
Peachy Carnehan

Deux mois de conflit social et une semaine de tractations abracadabrantesques auront été nécessaire pour que le Prime minister recouvre la raison et consente à "remplacer" l'article 8 de la Loi sur l'égalité des chances par une série de mesurettes inoffensives.


Dans cette ténébreuse affaire le gâchis de temps, d'énergies et d'intelligences est complet. Le discrédit jeté sur les institutions de la Ve République est total. Est-ce que le De Gaulle rédigeant la constitution de 1958 à l'ombre des chênes de La Boisserie aurait imaginé son subtil mécanisme d'horloger malmené un jour par les doigts boudinés d'un triumvirat de nains ? Assurément non. Et il y a pire car pas traces aujourd'hui de Pompée, Crassus et César ! La règle qui veut que les peuples aient les dirigeants qu'ils méritent trouve une triste confirmation avec les gesticulations de l'hydre à têtes de Sarkozy, Villepin et Chirac.

La lourde charge du chef de l'exécutif était supportable pour la carrure de l'homme du 18 juin. Nos élus actuels doivent s'y mettre à trois pour assurer un semblant d'intendance. Une évidence s'impose, soit la constitution n'est plus adaptée, soit ceux qui en sont les garants sont médiocres

 

Du pont d'Arcole à Jim Jarmusch

Qu'il était pourtant enthousiaste l'exégète de Napoléon au moment de monter au front du contrat première embauche. En rangs serrés les grognards de l'UMP allaient faire rendre gorge au code du travail à coups de 49.3 bien placés. Le sang impur abreuverait les sillons et on serait à Berlin avant Noël.
Le palais Bourbon résonne encore des échos de la voix du Prime minister qui, tel Bonaparte chargeant sabre au clair au pont d'Arcole, s'écriait "on y va"!
Mais, sort cruel, d'un Austerlitz annoncé on bascula irrémédiablement vers un Waterloo personnel. Trahison des maréchaux, fuite de la garde et fronde populaire, rien ne fut épargné à Dominique de Villepin. Même pas le réconfort d'un exil à Sainte-Hélène ou l'île de Ré.
Dans une logique de fatalité l'homme est mortellement blessé, au coeur, mais continue à marcher. C'est l'homme mort qui marche, c'est le Dead Man, chef-d'oeuvre de Jim Jarmusch. Villepin est hanté par le personnage de William Blake et inexorablement sa route le conduit à sa fin. Peut-être rencontrera-t-il l'indien Nobody (Personne) pour la réunion du condamné et du passeur. Le thème de la mort va courir jusqu'en mai 2007 aussi sûrement qu'une barque laissée libre descend le cours d'une rivière.


Le surintendant Villepin est soluble dans l'exercice du pouvoir.



Peachy Carnehan

 

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