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jeudi, 20 avril 2006
OSS 117, La colonisation positive.
Entre Hitchcock et le James Bond des origines OSS 117 prend à contre-pied tous les canons du cinéma contemporain. Rétro et irrésistible.

A qui ressemble OSS 117 ? A l'Homme qui en savait trop d'Hitchcock ? Au Sean Connery des premiers James Bond ? A moins que les codes employés soient ceux de Tintin ou Blake et Mortimer. C'est parce qu'il est le meilleur de tout ça que "OSS 117, Le Caire nid d'espions" est une surprenante réussite.
Les deux scénaristes Jean-François Halin et Michel Hazanavicius, anciens des Guignols de l'info, des Nuls et de Groland, ont détourné l'esprit initial des romans de Jean Bruce à leur avantage avec la complicité d'un Jean Dujardin étonnant de crédibilité. La ressemblance avec Sean Connery est dépassée, Dujardin est littéralement habité par 007, et ce jusque dans le froncement du sourcil.
Dans ce jeu du pastiche, le film est une copie parfaite des chefs-d'oeuvre d'aventure ou d'espionnage des années 50-60. Ainsi au-delà même des décors et des costumes c'est la manière de filmer qui plonge le spectateur dans l'atmosphère des Hitchcock de la meilleure époque. La pellicule et le focus sont ceux employés par le maître du suspens, les décors sont profonds, les plans larges, la photographie est datée, les ombres sont portées et, cerise sur le gâteau, les scènes de voiture sont en transparence.

Entre Groland et les Guignols de l'info.
Le scénario dans OSS 117 n'est finalement qu'un prétexte aux tribulations de Jean Dujardin. Sur fond de crise du canal de Suez le président René Coty envoie son meilleur agent pour remettre de l'ordre dans la région. Rien que ça pour Hubert Bonisseur de la Bath (OSS 117), la perle des services secrets de la IVe République.
Hautain et colonialiste l'agent considère que tout ce qui n'est pas français, blanc, masculin, et de son âge, lui est inférieur. Le film s'articule autour des situations ridicules qui découlent de cette condescendance occidentale. Le décalage entre les valeurs des années 50 et notre recul du XXIe siècle est le moteur de cette comédie pétillante.
La manipulation des éléments politiques et religieux était pourtant délicate. Les premières versions de Jean-François Halin étaient plus osées, plus politiquement incorrectes. Ainsi dans une de ces versions, OSS 117 tuait le muezzin qui avait eu la mauvaise idée de le réveiller en pleine nuit, et déclenchait quasiment l'affaire du canal de Suez en 1956. Dans le film le meurtre est remplacé par une engueulade mémorable.
L'esprit Canal+ des Guignols et de Groland n'a donc malheureusement pas été exploité jusqu'au bout. Peut-être la faute à une diffusion internationale. C'est le seul regret à avoir pour ce film de haute facture, et puis après tout comme dit Hubert Bonisseur de la Bath dans l'une de ses répliques déjà cultes :"j'aime le bruit blanc de l'eau".
Le site officiel oss117.fr
En savoir plus sur oss117.org
Peachy Carnehan




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