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mercredi, 03 mai 2006

TCHERNOBYL-SUR-WEB

La chronique de l'Araignée.

L'Araignée, jeudi 27 avril 2006, 07h00

Anniversaire oblige, la plupart des grands sites d’information consacraient cette semaine de volumineux dossiers à la commémoration de la catastrophe de Tchernobyl.


Chaque vendredi, vous aurez désormais rendez-vous avec un nouveau venu au sein de la rédaction du Norden Star. Ce mystérieux personnage se fait appeler « l’Araignée » car il se balade sur la Toile de lien (hypertexte) en lien, tel le super héros éponyme bondissant d’un immeuble à l’autre à travers la nuit d’encre des « comics » Américains. Sauf que notre Araignée à nous ne traque pas les méchants mais les sites Web. Voici ses trouvailles de la semaine…

 

 

TCHERNOBYL-SUR-WEB

“Anniversaire” oblige, la plupart des grands sites d’information consacraient cette semaine de volumineux dossiers à la commémoration de la catastrophe de Tchernobyl. Parmi ceux-ci, j’ai retenu celui proposé par le Nouvel Obs, riche de dizaines de liens thématiques - cartes, schémas, photographies, vidéos, etc. - qui permettent au visiteur de disséquer utieusement le déroulement du plus grave accident survenu dans l’histoire du nucléaire civil.

Vingt ans après, le constat est en tout cas accablant : entre les défauts inhérents à la conception du réacteur de type RBMK en activité à l’intérieur de la tranche n°4 de la centrale « Lénine », l’inconscience des apprentis-sorciers qui, le soir de la catastrophe, se risquèrent à une expérience pour le moins hasardeuse de « défense passive » au mépris de toutes les règles de sécurité, les centaines d’hommes qui furent sciemment envoyés à la mort pour juguler l’incendie ravageant le bâtiment, l’évacuation tardive (sic) des populations menacées par les retombées radioactives, et l’opacité des autorités locales dans la gestion administrative et politique de la catastrophe, on en vient presque à se demander comment les dirigeants Ukrainiens de l’époque auraient pu faire pire.

Certes, en 1986 l’Ukraine se trouvait du « mauvais côté » du Rideau de Fer, et la culture du secret conjuguée à l’opacité des différentes strates de l’administration inhérentes au système soviétique peuvent en partie expliquer cette gestion calamiteuse de la crise. A toutes fins utiles, rappelons en effet que Mikhaïl Gorbatchev, alors « maître du Kremlin » fut prévenu de l’accident survenu à la centrale « Lénine » seulement 24 heures après que celui-ci ait eu lieu et que dans les semaines qui suivirent, le même Gorbatchev profita de l’impact psychologique considérable suscité par cette catastrophe pour jeter les bases de sa politique de glasnost et ouvrir ainsi une brèche dans le Rideau de Fer en direction de l’Occident. Avec le recul qu’autorise l’Histoire, il apparaît aujourd’hui que l’accident de Tchernobyl fut donc l’un des événements déclencheurs de l’explosion de l’empire soviétique, et cette seule considération permet d’expliquer la volonté des autorités Russes d’en minimiser les conséquences, l’Europe entière dut-elle à l’époque en payer le prix fort.

Mais que dire en revanche de l’effarant déficit de communication des démocraties occidentales autour de cette catastrophe et du mensonge à grande échelle orchestré par certaines d’entre elles, au premier rang desquelles on trouve la France, mensonge visant à maintenir l’opinion publique dans un état de bienheureuse ignorance ? N’y a-t-il pas dans cette attitude du gouvernement d’alors un manquement quasi criminel au devoir d’information et de protection dont l’Etat est redevable envers chaque citoyen ? Même vingt ans après les faits, comment ne pas être indigné par la lecture de communiqués de presse tels que celui qui fut publié le mardi 6 mai 1986 par le Ministère Français de l’Agriculture, et qui affirmait avec le plus grand sérieux que « le territoire français, en raison de son éloignement, a été totalement épargné par les retombées de radio nucléides consécutives à l’accident de la centrale de Tchernobyl ». A peu près au même moment, la présence de plus de 10 000 becquerels par litre dans du lait de brebis était détectée en Corse. On appréciera le sens de l’humour des responsables politiques de l’époque…

Certes, les gouvernements qui se sont succédés depuis ont tous joué la carte de la transparence, comme chacun a pu le constater à l’occasion des récentes épidémies d’ESB, de H5N1 et de CPE, l’Etat retrouvant ainsi tout ou partie de sa crédibilité en matière de santé publique. Il n’en demeure pas moins que l’opacité du dossier Tchernobyl a créé une méfiance durable vis à vis du nucléaire civil, ce qui est pour le moins fâcheux dans un pays où la production d’électricité repose à près de 80% sur la fission de l’atome. Et que penser du haro décrété par les associations écologistes autour du projet ITER, pourtant fascinant d’un point de vue scientifique et technologique ? Si le nuage radioactif de Tchernobyl n’était pas passé tel une douche froide sur les consciences, nul doute que ce projet de fusion de l’atome visant à créer une source d’énergie propre et quasi illimitée dans le temps serait accueilli autrement dans une France qui a toujours réservé un accueil enthousiaste aux innovations en matière de politique énergétique…

Mais laissons de côté cette vision utopiste d’une humanité enfin libérée de sa peur de l’atome pour revenir à la réalité cauchemardesque des conséquences de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. Si en 1986 le bon peuple de France fut soit-disant protégé du nuage radioactif venu d’Ukraine grâce à l’intervention de la « main de Dieu », qui peu de temps avant qu’elle ne permit à Diego Maradona de marquer un but « anthologique » en quart de finale de la Coupe du Monde face à l’Angleterre devait déjà s’exercer à tricher avec l’Histoire, en revanche les enfants des régions les plus touchées par la catastrophe - Ukraine et Biélorussie - furent bien les derniers à être épargnés par les « retombées radio nucléides ». Et l’on ne peut que frissonner sous l’effet d’un mélange d’horreur et d’indignation en découvrant le photo-reportage consacré aux « Oubliés de Tchernobyl » réalisé en 1997 par le reporter Paul Fusca. Ames sensibles, abstenez-vous de cliquer sur ces liens car certaines photographies sont à la limite de l’insoutenable.

Faut-il clore cet article sur ces images ? Je le pense, car bien plus que les discours a posteriori sur Tchernobyl elles évoquent toute l’ampleur et l’horreur d’une catastrophe dont les conséquences demeurent aujourd’hui encore difficiles, voire impossibles à évaluer. De source « officielle », on avance le nombre de 4000 victimes, civiles et militaires confondues, mais nombreuses sont les voix dissidentes qui s’élèvent pour évoquer un chiffre de 10 à 100 fois plus élevé, preuve qu’aujourd’hui encore une certaine opacité entoure le « bilan » définitif de l’accident. Tchernobyl : une zone de non-vie, de non-dit, au cœur de l’Europe. Une « tâche » radioactive sur les cartes, mais aussi dans les mémoires et l’inconscient collectif, sans doute fissuré pour de très longues années encore par l’onde de choc provoquée par cet événement d’une gravité inédite dans le Monde.

A la semaine prochaine pour une chronique que j’espère un peu plus gaie, et d’ici là bon voyage sur la Toile !



L’Araignée.

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Commentaires

monsieur vous ecrivez dans votre journal on en vient presque à se demander comment les dirigeants Ukrainiens de l’époque auraient pu faire pire. L'union sovietique en 1986 est un etat centralisé et la gestion du parc nucleaire et ensuite celle d'une crise locale d'envergure relevait directement de l'autorité du soviet supreme. Le principe en france de la délégation des autorités de l'état aux préfets n'existait pas dans ce pays. Les ukrainiens ont subi les conséquences des défaillances d'un systéme et ne sont pas les responsables de cette abominable catastrophe.

Ecrit par : eduard szabo | vendredi, 28 avril 2006

Et leur radioactivité s'est arretée nette en allemagne
c'était chirac deja.

Ecrit par : talagoshi | vendredi, 28 avril 2006

Vae victis comme disaient les anciens. Nous héritons d'une catastrophe. Merci pour ce beau travail l'araignée. A suivre.

Ecrit par : Hubdesup | vendredi, 28 avril 2006

Les photos des enfants sont épouvantables. VIVE LA FUSION

Ecrit par : machouille | vendredi, 28 avril 2006

Il n'y avait pas que la main de maradona mais surtout celle de Chirac pour faire taire le cnrs.

Ecrit par : Laurenzo | dimanche, 30 avril 2006

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