« Coupe du Monde 2006 | Page d'accueil | Caricaturoscope »

jeudi, 08 juin 2006

Dans la peau de Jacques Chirac

Chirac triste héros de cinéma

Norden Star, mai 2006
Il ne lui manquait plus qu'un film pour clore définitivement son mandat. Karl Zéro s'en charge en raillant 40 ans de vie politique. Édifiant.


Le deuxième septennat de François Mitterand s'est terminé dans une douleur, celle de la maladie. Le vieil homme, ce promeneur du vingtième siècle et du champs de Mars, est parti théâtralement en récitant à la France son dernier texte d'homme d'état : "J'ai confiance en vous. Je crois aux forces de l'esprit et en conséquence, ou que je sois, je serais toujours près de vous". L'ambiance était glacée, morbide, et tous nous sommes restés bouche bée face à nos postes de télévision. On ne pouvait pas s'attendre à moins de la part du premier bâtisseur de pyramide depuis 3000 ans.

Dans un autre style Jacques Chirac aborde sa fin de cycle en humiliant la République, la justice et la morale en graciant par édit son ami Guy Drut. Toute la différence entre un grand homme et un plus petit tient parfois à des détails liés à la forme. Mitterand au pouvoir bâtissait, Chirac semble s'être battu pour le pouvoir.

Le film de Karl Zéro qui sort sur les écrans mercredi 31 mai retrace 40 ans de vie politique de Jacques Chirac. Parfois facile la construction du journaliste de canal+ n'en reste pas moins efficace et révélatrice d'un système de conquête politique aberrant de cynisme. Aux mains serrées de Mitterand et Helmut Kohl à Verdun vient en écho cette épouvantable constat chiraquien: "Au fond, le pouvoir m'emmerde. Je suis doué pour le conquérir, mais après il m'emmerde".

Chirac a tout du premier de la classe bosseur manquant cruellement de génie, du fils à papa qui cherche la meilleur place pour s'y planquer. Une fois investi il récite ses leçons mais reste sans inventivité, sans réactions face à l'imprévu. Pour paraphraser son Premier Ministre actuel il vit "comme un fonctionnaire, comme une moule accrochée au rocher".

"Dans la peau de Jacques Chirac" est réjouissant et souvent cruel, comme il le serait sans doute pour beaucoup de responsables politiques. Le réalisateur de ce "docu-marrant" s'est amusé à confronter des déclarations diamétralement opposées prononcées à quelques années, voire quelques semaines d'écart.

Entrée de l'Espagne dans l'Europe, démission de son gouvernement ou innombrables promesses de baisses d'impôts, les exemples ne manquent pas, l'un des plus spectaculaires étant la juxtaposition des images où Jacques Chirac fustige l'obsession de la sécurité routière dans les années 80 avant d'en faire un "grand chantier" de son quinquennat entamé en mai 2002.

Karl Zéro assure pourtant ne pas avoir voulu faire "un film chamboul'tout qui dégomme Chirac", encore moins se prendre pour le réalisateur américain Michael Moore, auteur du pamphlet contre George Bush "Fahrenheit 911".

Au-delà du jeu de massacre, le film s'efforce de suivre le parcours d'un jeune homme brillant, pour qui la politique n'est ni une passion ni une vocation, mais simplement "un métier". On voit Jacques Chirac sillonner inlassablement la France, à partir de 1967, avec ses trucs de professionnel quand il s'agit de boire un verre avec les électeurs ou de monter les marches des estrades électorales.

On peut se délecter de ses commentaires assassins sur ses adversaires ou vrais-faux amis comme son ancien Premier ministre, Edouard Balladur, ou l'actuel ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy. "Le drame, c'est que je n'ai aucune idée politique, sauf peut-être comme de Gaulle une certaine idée de la France qui ne correspond plus à rien de réel aujourd'hui".

Même ceux qui ont voté pour lui par conviction en 2002 devraient se sentir troublés après ce film.

 


Peachy Carnehan

Les commentaires sont fermés.