mardi, 18 juillet 2006

Corée du Nord

medium_coreedunord.2.jpgPyongyang défie Washington et Pékin
Norden Star, juillet 2006

Les tirs d’essai de sept missiles confirment les capacités technologiques des cinglés Nordcoréens.


 
"Une provocation, mais pas une menace": les porte-parole de l'administration Bush se sont relayés hier à la fois pour condamner les tirs d'essai de sept missiles nord-coréens et pour en minimiser le danger. Nous voilà rassurés.
 
medium_coreepropagande.jpgLa provocation tient en partie à la date choisie pour effectuer l'opération - le 4 juillet, jour de la fête nationale des Etats-Unis. Elle tient aussi au nombre d'engins lancés et à leurs caractéristiques techniques - au moins sept missiles, dont six à courte portée, et un autre à longue portée, un Taepodong 2, qui peut en théorie couvrir 6 700 kilomètres, et atteindre les territoires américains de l'Alaska ou même d'Hawaï. Les missiles se sont tous lamentablement abîmés en mer du Japon, à plusieurs centaines de kilomètres des côtes occidentales de l'archipel. Selon les autorités sud-coréennes, le Taepodong 2 a disparu 40 secondes à peine après son lancement. Une belle performance balistique.
 
La Corée du Nord veut rappeler son aptitude à dominer les techniques du missile. En lançant le Taepodong 2, elle entend également démontrer qu'elle maîtrise "l'étagement" et le "guidage" des engins à longue portée. Cette double capacité la place dans le cercle des pays "proliférants" les plus compétents. L'opération sert des objectifs politiques. Après avoir revendiqué la possession de l'arme atomique, le régime de Pyongyang signale qu'il est en mesure de "devenir aussi une puissance nucléaire balistique". Aux interlocuteurs d'en tirer les conséquences - et donc de prendre en compte les exigences nord-coréennes.
 
medium_nordcoree.jpgLe message s'adresse, bien sûr, aux Etats-Unis, qui ont sous-estimé les capacités de résistance de la dictature du monstre Kim Jong-il. Mais il concerne également les autres Etats parties aux discussions de Pékin - la Corée du Sud, le Japon, la Russie et même la Chine, censée soutenir toujours Pyongyang. Ce pouvoir détestable a le don de prendre à contre-pied les alliances et les contre-alliances.
 
Un ton au-dessous des condamnations formulées ailleurs, le ministère chinois des Affaires étrangères s'est dit hier "très préoccupé par ce qui s'est passé".
 
C'est que l'initiative nord-coréenne place Pékin au pied du mur. D'un côté, elle contrarie la Chine dans son ambition de puissance régionale - elle marque les limites de son influence -, et de l'autre, elle risque de favoriser entre les autres acteurs des décisions que les dirigeants chinois ne peuvent pas souhaiter. Le Japon, par exemple, peut se saisir du lancement des missiles nord-coréens pour resserrer une alliance avec les Etats-Unis sur les systèmes antimissiles.

medium_bush_red.jpg A Washington, une partie de la presse s'est montrée critique hier à l'encontre de la politique américaine. Trop critique? La Corée du Nord est pourtant un acteur atypique. Plus qu'indépendante - autarcique - elle échappe à tout contrôle. Kim Jong-il, qui paraissait ne pas pouvoir survivre longtemps à la disparition de son père, sait jouer des intérêts divergents de ses interlocuteurs. A en juger par sa dernière provocation, il garde l'initiative.
 
 
Gaïa Félis 
Norden Star, 06 juillet 2006

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