Ségolène Royal a annoncé la composition de ce qui sera son état-major de campagne si le vote des militants socialistes confirme son avance dans les sondages. La présence d’Arnaud Montebourg, créateur du courant Rénover Maintenant rallié au ségolisme, y saute immédiatement aux yeux. Et à un poste des plus visibles, celui de porte-parole.
Situation incroyablement paradoxale ! Voilà l’homme qui défend un profond ancrage à gauche propulsé en vitrine du Ségo show, pour soutenir "la candidate naturelle du centre droit". Le héraut du "non" au Traité Constitutionnel Européen avec la partisane du "oui". La carpe et le lapin ? La pilule avait du reste déjà eu un peu de mal à passer auprès des militants montebourgiens, lorsque leur leader avait annoncé son alliance avec Ségolène Royal. Loin d’être persuadés que leurs idées seront bien défendues par la "Pimprenelle du Poitou".
Rénover Maintenant se bat ainsi pour une VIème République. La probable future candidate a timidement mentionné le volet des réformes institutionnelles, faisant un petit pas. Mais nombreux au sein du mouvement sont ceux qui restent sceptiques et redoutent d’être les cocus de l’histoire. Et voilà donc le fringant député de Saône-et-Loire nommé porte-parole de Royal ! De quelle marge de manoeuvre Montebourg dispose-t-il ? A priori, elle est intrinsèquement très étroite. La fonction même du porte-parole l’oblige à endosser les options décidées par autrui, aussi Arnaud va-t-il devoir défendre les positions de Ségolène : un festin de couleuvres risque de solliciter rudement son système digestif, contraint qu’il sera d’à la fois les avaler puis les régurgiter !
A tel point qu’on ne peut écarter l’hypothèse d’une démission fracassante, si la position du premier des rénovistes devenait par trop intenable. En attendant, le voici qui s’abaisse au rôle du "laquais", comme l’en accuse son sympathisant Philippe Thomas, journaliste blogueur rendu célèbre par
Fraise-des-bois, me voilà, le carnet de de notes en ligne d’un militant socialiste au quotidien (son livre vient de sortir aux Editions de la panique) : "Se faire porte-parole est vraiment devenir le valet de qui émet du sens. Tout au plus se faire l’interprète de quelque pythie... Mais c’est se soumettre, ni plus, ni moins à la voix de son maître." L’impétueux Montebourg s’accomodera-t-il d’une telle muselière ? Ou parviendra-t-il à peser sur les options stratégiques de la campagne et à "gauchir" le discours ségoliste ? C’est sans doute l’espoir qu’il caresse.
De l’autre côté, on voit bien tout le profit que la candidate Royal peut tirer d’un tel soutien, capable de lui rallier l’aile gauche du PS, si rétive jusqu’ici. A condition toutefois qu’il ne rue pas trop dans les brancarts... Elle lui a du reste adjoint deux autres porte-paroles, Jean-Louis Bianco et Gilles Savary.
Montebourg pourra ainsi sans doute ne s’exprimer que sur certains sujets et éviter ceux qui fâchent, par un habile partage des tâches. Mais tout de même, on reste fort circonspect. La piètre oratrice se fera-t-elle muette comme une carpe, pour laisser parler l’éloquence du tribun de Saône-et-Loire, multipliant les ségolistes de gauche aussi vite que se reproduisent les lapins ? Un bien curieux mariage en tout cas : que l’on risque de s’amuser à la noce !
Commentaires
Pimprenelle et Nicolas, suivi de l’ours brun, voilà le spectacle qui endormit des générations de futurs électeurs! "Bonne nuit les petits...."
Ecrit par : Briseglace | jeudi, 31 août 2006
Pour moi cette alliance contre nature est la meilleure preuve de ce que j’ai toujours pensé: Montebourg est pire que les autres, plus politicien, de plus mauvaise foi, intéressé par son avenir propre uniquement (ne s’occupant ni du pays ni du parti) etc.
Montebourg voit bien qu’il ne peut pas devenir rapidement président, il va tenter la place de Premier Ministre...
En tout cas qu’il ne vienne plus nous parler de conviction et de probité...
Ecrit par : JD JOB | jeudi, 31 août 2006
Le problème est qu’Arnaud Montebourg n’a pas vraiment le choix: qui au parti socialiste pour représenter ses opinions? Fabius, le nouveau gauchiste ex-libéral? Non même si celui-ci s’est opposé à la constitution européenne! Strauss-Kahn, l’éconmiste redoutable et redouté par le prolétariat? Non plus. Lang, l’éternel ministre de la culture? Il incarne plus le futur règne de l’élitisme qu’il n’est proche du peuple? Non, Montebourg ne paut s’allier à lui? Reste Ségolène Royal qui, au contraire incarne mieux le changement. Même la droite ne peut le nier! De plus, elle reste assez ouverte sur les questions sociales et sur l’emploi, ce qui, à mon avis, inscite le député de Saône-et-Loire qu’il pourra influencer les débats et infléchir les opinions de la non candidate vers des positions plus égalitaires. Ce n’est, à mon sens, ni une erreur pour Montebourg, qui retrouve ainsi une place de choix dans le débat à gauche et encore moins, pour Ségolène Royal qui, après avoir fait les yeux doux au centre, rappelle aisni qu’elle est avant tout socialiste et qu’elle n’oubliera pas l’aile gauche du PS! Certains critiqueront, à tord ou à raison, mais c’est tactiquement tès bien joué pour les deux!
Ecrit par : Cafouin | jeudi, 31 août 2006
Pas si bête... La stratégie politique est de mise pour intégrer ces idées à celles de la majorité... Arnaud Montebourg ne perdra pas sa tête j'en suis sûr.
Thomas
http://2008.hautetfort.com/
Ecrit par : Thomas | jeudi, 31 août 2006
A défaut de perdre sa tête il pourrait y laisser son âme.
Ecrit par : Cartouche | vendredi, 01 septembre 2006
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