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samedi, 10 février 2007

LA RHÉTORIQUE SARKOZY

MAUX DE CAMPAGNES Norden Star, février 2007


 

 

La rhétorique est aussi discrète que puissante : elle usurpe le sens des mots, elle enferme la pensée et l'air de rien, elle permet la justification et à l'acceptation du pire.

 
Un exemple :

Le président de l'UMP a exposé un samedi matin à Paris, devant quelque 1.500 nouveaux adhérents de son parti, son analyse de la crise des banlieues.

"La première cause du chômage, de la désespérance, de la violence dans les banlieues, ce n'est pas la crise économique, ce ne sont pas les discriminations, ce n'est pas l'échec de l'école", a-t-il déclaré. "La première cause du désespoir dans les quartiers, c'est le trafic de drogue, la loi des bandes, la dictature de la peur et la démission de la République.

 

medium_sarkofire.jpgEn opposant la notion de République aux missions premières qu'elle se doit de garantir (éducation, sécurité et justice sociale...), il vide le terme "République" de tout son sens. Ainsi, selon Nicolas SARKOZY, la mission de la Res Publica n'est pas la lutte contre la crise économique, ni l'éducation, ni la justice sociale... Une fois vidé, le sens du mot "République" est substitué par la thématique de la répression contre un ennemi radical, dictatorial et stigmatisé ( par exemple un arabe en jogging). D'une pierre deux coups : Le sens du mot dictature est à sont tour déplacé pour occuper le camp de l'ennemi (en passant : c'est celui qui se plaint de la discrimination).



En transposant la phrase de Nicolas SARKOZY sur un autre domaine, on pourrait dire : "La première cause des accidents de la route, ce n'est pas l'état des routes ni celui des véhicules ni l'irrespect du code de la route; la première cause des accidents, ce sont les débits de boissons et les mafias de l'industrie de l'alcool, les chauffards qui conduisent dangereusement et la démission du Ministère de l'Intérieur et de celui de l'Equipement.

 

medium_sarkochienlit.jpgEn opposant le Ministère de l'Intérieur et celui de l'Equipement à leur missions respectives (respect des lois, éducation à la conduite, entretient des routes), il décridibilise leurs actions respectives. Ainsi, la finitude de ces Ministères n'est plus la lutte pour le respect des lois, l'éducation à la conduite, l'entretient des routes... Une fois vidé de son sens, la mission de service public est remplacée par la répression radicale contre un ennemi effrayant et stigmatisé ("ces salauds de chauffards qui nous barrent la route et qui nous emmerdent" dirait-on). D'une pierre deux coups : La source de la peur est à sont tour déplacée pour occuper le camp de l'ennemi.

 

C'est absurde sur le plan de la logique! Mais brillant sur le plan de la rhétorique. Mais alors pourquoi ces phrases touchent-elles ?

 

Parce que les mots utilisés sont lourds de sens, historiquement et émotionellement : Il n'y a pas moins de onze sujets 'difficiles' dans la phrase de Sarkozy.

 

Et parce que ces sujets sont difficiles, qu'ils font appels aux peurs primaires, ils sont résolus d'un coup de 'baguette' magique: "Vous en avez assez de ces racailles, madame? Et bien on va vous en débarrasser!" Et qui n'aimerait pas se venger de cette culpabilité de l'insécurité routière en visant le lobby de l'Alcool... Un seul coupable pour tout les morts de la route... Et comme cela peut être confortable un coupable unique qui endosse tout! La peur veut qu'une dictature soit combattue par une autre dictature...

 

medium_sarkocaesar008.jpg"Pourquoi croyez-vous que les banlieues se sont embrasées ? Parce que j'ai employé les mots racaille, Karcher ? Mais enfin de qui se moque-t-on ?" a poursuivi Nicolas Sarkozy. "Si j'avais un reproche à me faire, compte tenu d'un certain nombre d'individus qu'on avait en face de nous [...], c'est que le mot racaille était sans doute un peu faible."

 

Un certain nombre de citoyens qui se sont sentis désignés par le vocable "racailles" et qui s'en sont plaint, se sont vus insultés par cette pique enfoncée dans leurs plaies de la discriminiation quotidienne. C'est un message pour l'extrême droite qui lui permet d'entendre : "les racailles (les arabes), nous sommes trop gentils avec eux !"

 

"De qui se moque-t-on ?" se demande-t-il. Posez-vous vraiment la question.

 

Il est vrai que déclarer aux FRANÇAIS que la discrimination est une cause secondaire est manifestement une incitation manifeste à la violence.

 

medium_sarkoN.2.jpg"La réalité, c'est que les banlieues se sont embrasées notamment parce nous avons entamé une action de démantèlement des bandes", a-t-il affirmé avant de promettre que les forces de l'ordre n'abandonneraient pas les quartiers sensibles. "Il faut que ces quartiers populaires sachent que la République est de retour."
 
Une République vidée de tout contenu, corrompue par des valeurs qui ne sont pas les siennes: la République de Star-Wars avant l'avènement de l'Empire.

 

L'utilisation de mots vulgaires ("racailles") par un Ministre ou par un député ou par un quelconque représentant de l'Etat, est le signe aussi d'un profond mépris. Il exprime que l'autre ne mérite pas que l'on respecte nos règles civiques.

La plupart des expressions connues de Nicolas Sarkosy peuvent être passées dans le filtre du discernement, il en ressort toujours un affaiblissement des valeurs démocratiques et un renforcement de la peur, de l'angoisse et des valeurs de la toute puissance d'un seul homme. Et ce sont là les conditions utiles et nécessaires à l'établissement d'un Etat dictatorial.

Voilà donc la recette rhétorique de Nicolas Sarkozy : l'agitation des peurs primaires doublée de la recherche inquisitrice et angoissante du coupable idéal. A quoi il convient d'ajouter le reniement pur et simple des fondements de la République le tout saupoudré de mensonges pour nous rendre avides d'une solution radicale, simple, immédiate et absolue.

 

 
 
 

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Norden Star, 3 février 2007

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