mardi, 15 juillet 2008
LE "GRAND TOUR" DE OBAMA
ÉLECTIONS USA
THE OBAMA'S GRAND TOUR
Barack Obama s'embarque ce week-end pour une grande tournée mondiale. C'est le Obama's Grand Tour. Yes we can !
Au XVIIIe siècle, les héritiers de l'aristocratie britannique s'embarquaient pour le Grand Tour, long voyage à la découverte de l'Europe (la France, l'Allemagne, l'Italie et la Grèce), de l'Asie Mineure (empire ottoman oblige) et du Proche-Orient (voyage à Jérusalem) au terme duquel le jeune homme pouvait être reconnu comme "un gentleman achevé" et prétendre à un rôle à la City ou à la cour de Saint-James.
Barack Obama s'embarque ce week-end dans la version contemporaine du Grand Tour, dans l'espoir de convaincre ses concitoyens qu'il est bien capable de tenir la barre de la super puissance américaine dans les eaux agitées et dangereuses du monde du XXIe siècle. S'il est attendu comme une star du rock en tournée mondiale dans une Europe transformée en Obamaland (plus de 70 % des personnes interrogées disent qu'elles voteraient pour lui si elles le pouvaient), le véritable public de la tournée est bien l'électorat américain de l'Ohio, du Texas ou de Californie qui choisira le 4 novembre prochain le prochain président des États-Unis.
Ce voyage de quelque 20.000 kilomètres qui va l'amener à visiter au pas de charge en six jours Bagdad et Kaboul, Amman, Jérusalem et Ramallah, Berlin, Paris et Londres ne sera en fait qu'un détour sur la voie de la Maison-Blanche.
Détour indispensable. L'importance de ce voyage est réelle, pour une simple raison. Bien qu'il fasse la course en tête, le candidat démocrate n'est pas parvenu à lâcher son rival républicain John McCain dans les sondages. Il n'a en moyenne que 5 à 6 points d'avance ce qui, admet-on dans son entourage n'est : a) pas suffisant ; b) pas normal étant donné l'état calamiteux du pays, l'hostilité record à l'encontre de l'administration républicaine, et la campagne assez peu convaincante jusqu'ici de McCain. Sans même parler d'une couverture médiatique formidablement favorable au champion démocrate (et parfaitement relayé ici aux Etats-Unis par The Nordenstar auprès de la communauté estudiantine francophone). Depuis qu'il a été consacré candidat du parti début juin, Obama a eu droit à deux fois plus de temps d'antenne que McCain à la télévision (114 minutes contre 48 minutes), et des dizaines de couvertures de magazines, de Rolling Stone à Newsweek, y compris celle, caricaturale et controversée, du New Yorker de la semaine qui le montre en turban et djellaba avec son épouse Michelle en panthère noire célébrant leur installation dans une Maison-Blanche décorée de portraits d'Oussama Ben Laden. Par comparaison, McCain ne semble pas exister.
Les Américains n'ont pas confiance en Obama pour assurer la sécurité des États-Unis
Pourquoi alors Obama n'est-il crédité que de 50 % des intentions de vote contre 42 % à McCain (et seulement 49 % contre 46 % chez ceux qui disent être certains de voter) dans le dernier sondage Washington Post /ABC du 16 juillet, et de 50 % contre 45 % dans celui de CNN ? Surtout quand 69 % des Américains jugent négativement la politique de Bush ? Et pourquoi le candidat n'a-t-il pas fait le "bond en avant" attendu après avoir éliminé sa rivale, Hillary Clinton ? Une explication (ce n'est pas la seule) est tout simplement la politique étrangère et de sécurité nationale, point faible traditionnel des démocrates, et encore plus, semble-t-il, d'Obama.
Le jeune sénateur de l'Illinois est nettement préféré à McCain par les électeurs, y compris les indépendants, sur à peu près tous les sujets. Il est perçu comme plus jeune, davantage porteur d'idées nouvelles et dans l'air du temps, mieux placé pour faire face à la crise économique qui est de loin la préoccupation principale des Américains, comme pour résoudre les problèmes sociaux, ceux du système de santé, de l'éducation, de l'immigration, le prix de l'essence, le réchauffement climatique, etc. Seul point noir : alors que 80 % des Américains (tous partis confondus) font confiance à McCain pour assurer la sécurité des États-Unis, agir en commandant en chef des forces engagées en Irak et en Afghanistan et traiter avec les autres puissances, ils ne sont que 55 % à faire confiance à Barack Obama pour jouer ce rôle essentiel à la fonction de Président.
Même pour mettre fin à la guerre d'Irak, qu'une majorité d'Américains reconnaissent avoir été une erreur stratégique et veulent voir finir, ils sont plus nombreux à faire confiance à l'ex-pilote de chasse McCain (47 % contre 45 %) qui est hostile à tout calendrier de retrait. Bref, alors que l'élection du 4 novembre sera en grande partie un référendum sur Obama, celui-ci n'inspire pas encore vraiment confiance. Il n'a que 46 ans, ne s'est jamais vraiment occupé de politique étrangère (il n'est en fait jamais vraiment sorti de Chicago et Washington), et n'a aucun bilan en la matière (même au Sénat, il s'est distingué par son désintérêt pour la commission des Affaires étrangères dont il est membre).
Son image "multinationale" de métis, né d'un père kenyan et d'une mère américaine, éduqué en Indonésie puis à Hawaï, est peut-être un atout aux yeux des Français ou des Allemands, mais elle ne lui permet pas de faire vraiment oublier aux Américains qu'il n'a jamais mis les pieds en Irak ni en Afghanistan (ni en Iran). Il a par ailleurs multiplié, par nécessité électorale (pour plaire à la gauche démocrate) bien plus que par conviction, des déclarations de politique étrangère quelque peu hasardeuses qu'il a dû ensuite rétracter. Il n'est par exemple plus prêt à rencontrer sans condition le président iranien Ahmadinejad. Il ne considère plus Jérusalem comme la capitale d'Israël. Et, surtout, il ne promet plus un retrait immédiat et sans condition des troupes américaines d'Irak.
Vers un retour au consensus réaliste de l'establishment démocrate
Toute la semaine écoulée, il s'est employé méthodiquement à expliquer sa vision du monde, et à préciser ses options de politique étrangère à la faveur d'un article dans le New York Times , d'un discours à Washington et d'une table ronde à l'université Purdue de Lafayette (Indiana). Il a expliqué comment il protégera l'Amérique contre les menaces du XXIe siècle, oeuvrera au désarmement nucléaire, doublera l'aide américaine au développement, augmentera les dépenses militaires, renforcera l'intervention militaire américaine en Afghanistan, et engagera un retrait progressif et partiel (sur 16 mois minimum, d'ici 2010) des troupes d'Irak, en consultation avec les généraux sur le terrain et en fonction de la situation.
C'est un programme très modéré, sans grande surprise, qui reflète le fait que derrière la rhétorique du "changement", l'équipe de politique étrangère qui l'entoure est composée d'anciens de l'administration Clinton bien décidés à en revenir au consensus réaliste de l'establishment démocrate, un "libéralisme internationaliste" certes différent de la politique militariste de Bush, mais qui ne représentera certainement pas un tournant radical des relations des États-Unis avec le reste du monde.
Le Grand Tour d'Obama sera l'occasion d'habiller ces positions sérieuses d'images bien léchées de propagande qui seront largement diffusées, car le voyage d'Obama sera un Magical Obama Tour soigneusement orchestré et calibré, avec un avion entier de journalistes, les trois grands réseaux de télévision en remorque et des journaux du soir en direct de Bagdad, Paris ou Berlin avec le candidat qui aura à bon compte l'air d'un véritable chef d'État, et qui pourra de plus compter en Europe sur les foules ébaubies et acquises à sa cause, prouvant qu'il est bien à même de restaurer l'image des États-Unis dans le monde, sérieusement écornée par Bush.
L'exercice n'est pas sans risque, bien entendu. L'annonce qu'Obama espérait mobiliser dans sa campagne les précédents de John F. Kennedy (Ich bin ein Berliner, 1963) et Ronald Reagan (Abattez ce mur !, 1987) en allant à Berlin faire un discours et se faire prendre en photo, devant la porte de Brandebourg a provoqué des remous au sein du gouvernement allemand, entre Angela Merkel qui n'en veut pas et ses alliés du SPD (dont le maire de Berlin) qui ne peuvent attendre d'embrasser celui qu'ils considèrent déjà comme le prochain président américain. Et il lui faudra aussi éviter un faux pas à Bagdad en rencontrant le général Petraeus, architecte très populaire d'une escalade militaire qu'Obama avait dénoncée en assurant qu'elle mènerait à l'échec. Mais le candidat apprend vite et il est visiblement capable de virer de bord. Il salue aujourd'hui le succès de l'escalade et a même expurgé son site de ses accusations passées.
Le Grand Tour, après tout, est aussi une occasion d'apprendre. Allez, yes we can !
Cet article du Nordenstar est également relayé par Google News France, le portail de l'information. Jeter un oeil ici
P.S. New-York
Norden Star, 15 juillet 2008

Commentaires
Un peu long mais passionnant à lire.
Ecrit par : Luc | jeudi, 17 juillet 2008
Juste un petit bémol à votre bel exposé : Obama possède de8 à 10 points d'avance sur Mc Cain selon les derniers sondages commandés par Fox (un network très à droite). Confiance les gars. Yes HE can !
Ecrit par : USA | vendredi, 18 juillet 2008
c est qui PS??
Ecrit par : tess | vendredi, 18 juillet 2008
Allez Obama!
http://grangereau.blogs.liberation.fr/blog/2008/07/obama-est-llu.html
Ecrit par : la loute | jeudi, 24 juillet 2008
Obama le nouveaux fou qui risque de remplacer Bush .
Nordenstar decidement vous nette pas des visionere .
Ecrit par : Sandré | vendredi, 01 août 2008
@ Sandré
Normalement on dit "visionnaire", mais tu as le droit de "voir" un monde meilleur avec John McCain au pouvoir.
Ecrit par : ASSE | vendredi, 01 août 2008
@ ASSE
Merçi pour me corriger car je ne sais pas écrire, je n'ai pas eu la chance d'aller a l'école pour sa .
John McCain et un triple fou. le probleme de ses deux iresponsable qui vont gouverner le Monde par la force en bafouent tout les droit internationale, dans le seul but est de piller les richesse planétaire et acroitres leur enrichicement personele, ces qui vont repandre le sans sur la terre, juste pour médiatiser leur égo .
Ecrit par : Sandré | samedi, 02 août 2008
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